La vie en école de commerce (quand tu viens d’école d’art) – suite 2

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Kikoo les filles, alors aujourd’hui je vais vous parler du nouveau vernis que j’ai acheté !

Nope, c’était une blague. Je voulais vous parler un peu de l’école d’art en question (parce que je ne renie pas mon passé…).

La plupart des gens n’ont aucune idée de la réalité qui se cache derrière ce terme un peu vague d’école d’art. On pense aux Beaux Arts, on s’imagine les étudiants croquer des corps nus à longueur de temps tout en fumant des substances illicites.

Mais bon, les Beaux Arts c’est pas accessible à tout le monde, et à part ça, le reste est un gloubiboulga d’écoles plus ou moins privées, plus ou moins bien réputées, dans la tête des gens.

Tout d’abord il faut savoir ce qu’on veut faire : si l’on veut être un artiste pur et vivre de nos sculptures en pâte à modeler, il ne faudra pas nécessairement suivre la même voie que quelqu’un qui souhaite devenir designer.

Par méconnaissance du milieu, de nombreux élèves se précipitent dans les écoles privées, qui pour la plupart acceptent tout et n’importe quoi moyennement des chèques réguliers. Bien sûr, il ne faut pas généraliser puisque l’une des écoles d’art les plus exigeantes, A.K.A. Penninghen, est privée …

L’école des Beaux Arts reste la formation ultime pour ceux qui aspirent à la vie d’artiste. L’école des Arts Décoratifs a été créée à la base dans le but de mieux former les artisans, mais on ne peut pas nier que de nombreux artistes sont également passés par cette école. Enfin les Gobelins propose des formations également plus orientées “arts appliqués” et reste par exemple la référence pour le cinéma d’animation.

EDIT : petite précision. L’école des Beaux Arts de Paris ainsi que l’ENSAD (Ecole Normale Supérieure des Arts Décoratifs) sont les plus célèbres, mais il existe de nombreuses écoles de beaux arts ou d’arts décoratifs dans d’autres villes qui jouissent aussi d’une très bonne réputation, je pense par exemple aux Arts Déco de Strasbourg.

Ces trois écoles proposent des concours à divers niveaux de formation. Aucun pré-requis n’est nécessaire, mais les concours sont très difficiles. Il y a de nombreux prétendants et peu d’élus, si bien que les personnes qui se présentent aux concours ont souvent derrière eux une année d’études (voir plus s’ils passent les concours de 2ème ou 4ème année) en école privée ou en MANAA.

La MANAA kezako ? Non ce n’est pas la quantité de magie dont vous avez besoin pour lancer vos sorts. La Mise à niveau en arts appliquées est l’année d’étude nécessaire lorsqu’on n’a pas fait un bac STI Arts appliqués pour postuler aux BTS et aux DMA (dîplomes d’arts appliqués) qui mènent donc, nous y arrivons enfin, aux divers métiers de designers.

Oui, parce que pour devenir Jean-Paul Gauthier, il faut faire un BTS vous avez bien lu. Il en existe de toutes sortes : communication visuelle (qui s’appelle autrement mais j’ai la flemme de chercher), stylisme, etc. Les DMA sont plus orientés artisanat : poterie, broderie, reliure, typographie … (oui, un peu tous les métiers du Moyen-Âge quoi).

Si t’es bon, tu finiras dans une des quatre écoles renommées de Paris ou dans un très bon lycée (Renoir à Paris, La Martinière à Lyon, etc.), écoles qui proposent donc la MANAA puis les divers BTS ou DMA.

Attention car la plupart des écoles privées proposent également ces formations, mais leur année de “MANAA” n’est que très rarement reconnu par l’Etat et ne permet donc pas par la suite d’accéder à des formations dans les écoles publiques.

Les quatre écoles les plus convoitées sont donc :

Duperré (là où j’ai fait ma MANAA ♥) – plutôt orientée haute couture, plus “artiste foufou”

Estienne (là où j’ai fait mon BTS) – l’école du livre. Graphisme, reliure, typo, gravure, il y a TOUT.

– Boulle – certainement la plus connue, pour moi c’est l’école du design d’intérieur et de l’ébenisterie 😀

Olivier de Serres – qui est moins spécialisée.

Les quatre écoles fonctionnent pas mal ensemble (les portes ouvertes ont lieu le même week end) et font souvent des soirées ensemble, en excluant un peu les bons lycées Parisiens, ce qui a tendance à créer une certaines rancoeur.

Attention : les MANAA publiques – qui sont en général celles qui permettent l’accès aux formations dans le public – ne sont accessibles qu’après le bac ou en bac +1. Après tu es trop vieux, ils ne veulent plus de toi.

La sélection est rude, par exemple Duperré n’offre qu’à peu près 80 places en MANAA pour environ 3000 dossiers reçus, et pour les classes de BTS le nombre de places est encore plus réduit. C’est un peu le parcours du combattant mais arriver à intégrer une MANAA Parisienne est déjà un très bon premier pas. Malheureusement, une tendance qui est en train de se généraliser et qui consiste à recruter de préférence les élèves de SA MANA rend l’accès en BTS encore plus dur. En effet, Olivier de Serres recrute sans oral préalable  les élèves de sa MANAA qui ont eu avis très favorable. Non mais allo quoi.

Tu es très content d’apprendre donc qu’il ne reste en réalité que 5 places dans le BTS pour l’oral duquel  tu fais la queue depuis 4h avec ton book et ta pochette à dessins. Et je tiens de source professorale qu’Estienne envisageait de faire la même chose, ce que je trouve profondément dégueulasse et injuste parce qu’on devrait tous avoir une chance égale d’intégrer les écoles. Il y a de très bons éléments qui viennent  d’écoles de province qui voient leurs chances se réduire drastiquement à cause de ces méthodes pas très honnêtes.

A l’issue de ces deux années d’études, on peut enchaîner avec une licence pro, ou un DSAA (Dîplôme supérieur d’arts appliqués). Je vous parle même pas de la sélection tellement ça donne envie de pleurer, cependant il en existe de très bons en province dont on parle peu.

Et du coup on y fait quoi en BTS ?  BTS, ce nom qui a donné envie de pleurer à mes parents. Un BTS, c’est synonyme de loser, d’études bas de gamme. D’ailleurs, ça veut bien dire Brevet de Technicien de Surface  ? (Les gens sont si drôles). Si on dit BTS aux gens, ils pensent à … je sais pas moi, Nabila ! Nabila a bien dû faire un BTS.

Aller en BTS après avoir eu mention très bien et avoir fait une année de prépa, c’est par beaucoup considéré comme un ECHEC. Et je ne devrais même pas répondre à ces gens mais ça m’énerve tellement que je ne peux pas m’empêcher de leur crier dessus. On parle de formations qui recrutent drastiquement des profils excellents, tant sur le plan artistique (enfin, j’aime à le penser pour mon cas :p) que le sur plan intellectuel, mais bon les BTS ont une mauvaise image. De toutes façons dans quelques années, pour des histoires d’origine de subventions (ville, région, etc) tout cela sera passé en système LMD.

On parle d’écoles centenaires qui ont vu sur leurs bancs des gens comme Robert Doisneau, Moebius, un des mecs de Justice (il paraît), Romain Duris (pendant trois jours, si si), Cabu … et plein de gens géniaux qui sont des références dans le monde de l’art, mais que les gens qui crachent sur nous sont bien trop incultes pour connaître.

Bref, pour parler de choses plus sympas, la formation que j’ai suivie est composée d’un tronc général : culture G -matière commune à TOUS les BTS de France –  histoire de l’art, anglais … Nous avons également des matières “techniques” afin d’apprendre les rudiments des techniques d’impression, on a évidemment un cours d’expression plastique – on reste des artistes – et le principal de notre formation s’appelle le studio de créa, y en a quand même 16h par semaine (dont t’as intérêt à kiffer, surtout que c’est sur deux jours d’affilée en général).

Contrairement à ce que beaucoup pensent, on n’apprend pas à devenir des dieux de photoshop. Certains profs ne savent même pas très bien  s’en servir … bien sûr on nous donne les bases, mais ce qu’on nous apprend ce n’est pas la technique pure. On nous apprend à conceptualiser, à suivre un brief, à être créatif quoi …

Un petit exemple d’un travail sur le logo pour la Kinect.

On fait des planches d’inspiration (des moodboards pour les marketeux), alors faut imaginer qu’il y en a 5000 comme ça …

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On lance plusieurs pistes de recherche …

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Et puis après on finalise et on essaie de le vendre à quelqu’un 😀

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En spécialité graphisme, édition, publicité, on travaille surtout sur ces trois sujets, mais il existe une section multimédias pour les férus de digital (selon moi la formation classique est la meilleure – mais ça se discute –  puisqu’on y passe moins de temps à appréhender les logiciels et plus de temps à réfléchir).

Sorry pour le long post, mais j’aurais aimé qu’on m’explique tout ça quand je galérais sur les sites d’écoles d’art privées et que je n’y comprenais keudal, et puis aussi j’avais un peu envie de rétablir la vérité : nous ne sommes pas des hippies ! enfin, pas tous 😀

Et puis je ne le cache pas,  je déteste qu’on dénigre ma formation par méconnaissance du sujet. Mon BTS n’était pas une erreur de parcours.

Bonne journée !

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